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Vite Lu n°23 Editorial : De l’ombre à la lumière

Depuis ses origines en 1863, notre profession de commissaire aux comptes a connu des années importantes : 1935, 1966 et 1969… Et puis évidemment 2003, avec la LSF. Une profession qui a su évoluer et qui s’est toujours montrée exemplaire, exempte de tout dysfonctionnement systémique. Malgré cela, le renforcement du contrôle de nos activités s’accentue - certes sous l’influence du droit européen - à mesure que recule l’autorégulation.

L’année 2016 s’annonce importante pour notre profession, avec la transposition des textes européens. Une nouvelle étape qui impactera nos pratiques et modes d’exercice, et qui accentuera encore plus le rôle du H3C dans l’organisation de la profession et le contrôle de ses membres.

Même si, à l’instant où j’écris ces lignes, il est difficile d’avoir une visibilité sur l’évolution de notre métier, mon voeu de ce début d’année est que l’audit légal soit plus largement répandu dans notre économie, marchande et non marchande, privée et publique. Pourquoi ce voeu audacieux dans ce contexte d’actualité professionnelle difficile ?

Pourquoi ce voeu alors que le périmètre de l’audit dans les comptes consolidés vient d’être réduit et qu’il existe toujours des menaces de relèvement des seuils pour les mandats PME ?

La crise financière de 2008 nous a cruellement rappelé que l’économie moderne est à la fois complexe et fragile. Une complexité qui altère la transparence, elle-même si nécessaire à la confiance des acteurs économiques entre eux. Les fortes mutations technologiques que nous connaissons ajoutent à ce besoin de mieux comprendre. A n’en pas douter, les exigences de transparence financière à tous niveaux seront beaucoup plus fortes demain.
Or, partout où il est présent, le commissaire aux comptes contribue à la transparence et crée la confiance en faisant passer l’information de l’ombre à la lumière.
L’Etat va continuer à légiférer en ce sens : hier les comités d’entreprise et les syndicats. Aujourd’hui, plus de transparence sur les rémunérations des dirigeants avec le tout nouveau code AFEP-MEDEF. Et très certainement les collectivités territoriales demain.

Mais en contrepoint, chacun s’accorde à dire qu’il faut alléger le poids des contraintes pour les entreprises. Légitime, cette revendication doit être appréciée avec discernement. Tout ce qui créé transparence et sécurité doit, de manière proportionnée, être renforcé. Ainsi, compte tenu du tissu économique français composé essentiellement de PME qui sont par nature les plus exposées aux aléas de conjoncture, l’audit légal y est essentiel, mais pourtant sans cesse remis en cause…

Pour s’écarter de ces vents contraires, la profession doit enclencher une vraie mutation, qui dépassera largement ce qui a été réalisé jusqu’à présent. Sachons « changer de logiciel » et trouvons le chemin d’une stratégie gagnante pour tous, auditeurs, entreprises et pouvoirs publics. Je vous livre trois axes de réflexion. Tout d’abord, comprenons mieux les attentes de notre environnement et rendons nous encore plus utiles. Ne nous contentons pas d’affirmer que nous apportons de la valeur ajoutée dans nos missions d’audit légal, mais mettons les moyens pour le prouver une bonne fois pour toutes !
Un de nos défis majeurs pour les prochaines années sera l’adaptabilité de nos missions à tous types d’entités auditées, qui nous éloignera définitivement de cette conception étriquée et élitiste « un audit est un audit ». Sur ce chapitre, l’élaboration d’une véritable norme PME devient urgente. Nous avons déjà trop tergiversé.
Ensuite, nous devrons avoir une réflexion sur nos institutions, et notamment sur le positionnement de l’Ordre des Experts-comptables et de la Compagnie des Commissaires aux comptes. Sous la férule de l’IFAC –et plus particulièrement de l’IAASB pour l’audit - la grande majorité de normes d’expertise et d’audit tendent à converger. Les codes de déontologie de chacune de nos deux professions sont très semblables. Et nous avons un diplôme commun qu’est le DEC.
Alors, plutôt que de continuer à avoir deux institutions qui se trouvent de plus en plus en concurrence sur leurs périmètres respectifs, réfléchissons à une organisation qui assure le développement de la grande profession du chiffre, pour un déploiement de ses deux composantes essentielles expertise comptable et audit légal et surtout pas pour un développement de l’une au détriment de l’autre.
Et, pour finir, j’ai aussi envie de m’adresser aux pouvoirs publics. Ne privez pas une partie des nombreuses PME de cet audit légal qui améliore leur information financière, les aide à lutter contre la fraude ou encore sensibilise les plus fragiles sur le risque de défaillance. Ne sur-réglementez pas non plus notre profession qui, afin d’être performante et attractive pour attirer les meilleurs talents, doit rester une profession réglementée et responsable de ses actes.

Schopenhauer disait « nous prenons souvent les limites de notre propre vision pour les limites du monde ». Montrons tous ensemble, auditeurs, entreprises et pouvoirs publics, que nous pouvons changer notre regard sur l’audit légal et surtout élargir notre champ de vision.

Par  Jean-Luc Flabeau, Président de la Compagnie Régional des Commissaires aux Comptes de Paris