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Vite Lu n°24 Editorial : Les ponts se consument à mesure que la confiance recule

Lors de notre animation de secteur du 17 février dernier qui s’est tenue aux Salons Hoche, l’économiste Yann Algan nous a gratifiés d’une remarquable démonstration : en France, la défiance est un sentiment largement répandu, dans toutes les strates de la société… plus que nulle part ailleurs.

Paradoxalement, les Français, bénéficiant pourtant d’un cadre privilégié, ne croient pas en leur avenir, ne croient plus en leurs dirigeants, ne croient plus dans les corps intermédiaires… Leur confiance se limite à un cercle de plus en plus restreint, essentiellement familial.

Une défiance qui conduit peu à peu à la crispation des rapports sociaux et au repli sur soi. L’innovation effraie jusqu’à constitutionnaliser le principe de précaution. Avec le danger de menacer notre développement et notre rayonnement.

Poussons plus loin le raisonnement… Faire confiance est une inclinaison, une tension permanente, un défi envers nous-mêmes, voire une prise de risque. Individuellement, serions-nous à ce point aveuglés que nous ne pussions faire confiance qu’à nous-mêmes ? Sommes-nous incapables de partager avec d’autres des valeurs, des objectifs et des moyens?

Au plus haut niveau de l’État, il semble que cette confiance dans les acteurs privés et, plus largement, dans les citoyens ait disparu. D’où cette réglementation “prolifère” qui réagit à des événements isolés et médiatisés, à des émotions populaires, en fixant de nouvelles obligations à portée générale.

Faut-il revenir sur les primes de départ de quelques dirigeants du CAC 40, sur les restructurations et licenciements économiques hyper médiatisés qui conduisent à adopter des normes punitives s’appliquant à tous ?

Allant bon train, fleurissent, sur la place de la République notamment, des slogans vilipendant, pêle-mêle et sans discernement, « patrons », « banquiers » et « traders » ! Ceux-là mêmes qui financent, via l’impôt et la dette, notre protection sociale. Cette paresse intellectuelle, maniant à souhait l’amalgame, dévore notre société et mine la confiance que nous devrions nous prêter réciproquement. Hélas, entre les différentes classes sociales, le fossé se creuse et les ponts se consument !

L’ascenseur est en panne longue ! Les énergies ne circulent plus… Militons pour un retour au juste équilibre.

Notre métier de commissaire aux comptes n’échappe pas à ce diagnostic : la crise des subprimes a provoqué un nouveau flot réglementaire visant à contraindre les comportements dans leur moindre détail… En Europe et aujourd’hui en France. Une crise dont nous ne sommes pas coupables, mais dont nous devrions payer le prix fort pour ne pas l’avoir empêchée.

La réforme européenne de l’audit vient donc d’être transposée en droit français par voie d’ordonnance. À notre réglementation déjà des plus contraignantes s’ajoute une nouvelle couche affectant tous les mandats, qu’ils concernent des entités à dimension « systémiques » – dites EIP – ou non.

Pourtant, au fil du temps, nous étions parvenus à un équilibre dans l’appareil de régulation, entre institutions issues de la profession – CNCC et CRCC – et H3C. Hélas, il a vécu… Le H3C, dont les professionnels en exercice sont désormais exclus, exercera dorénavant la totalité des prérogatives de contrôle, ne déléguant aux institutions issues de la profession que des tâches administratives. Peu ou prou. Pour quel motif ? Prévenir d’hypothétiques dérives ? À crier au loup, on finit par ne plus le voir venir. Et à force de déresponsabiliser, la démobilisation guette.

Je suis de ceux qui sont convaincus de la nécessité de réguler notre économie. Sans garde-fou, le marché pourrait s’autodétruire.

Le commissariat aux comptes est, de ce point de vue, un instrument de régulation pertinent dans le cadre des seuils actuels. C’est un atout confiance indispensable pour l’essor des affaires. Et ce, d’autant mieux que nos missions seront adaptées aux entités que nous contrôlons. À cet égard, il reste encore à faire.

Pour assurer la qualité de l’audit, la profession s’est elle-même soumise à des règles. Elle a montré sa capacité à jouer le jeu de la régulation, participant volontairement à cet impératif. Pourquoi diable faudrait-il aujourd’hui la punir en lui déniant toute capacité à participer à cette régulation et en durcissant l’échelle des sanctions ?

Par Jean-Luc Flabeau, président de la Compagnie régionale des commissaires aux comptes de Paris