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Vite Lu n°26 Dossier / La transmission d’entreprise, double enjeu pour notre économie et notre profession

Transfair, les rencontres de la transmission d’entreprises, le 21 novembre au palais Brongniart, a une fois de plus été l’opportunité de rappeler les enjeux forts de cette opération synonyme de développement économique, de préservation de l’emploi, mais aussi d’enjeux pour nos cabinets et l’avenir de la profession comptable.

La complexité des opérations qu’une reprise implique, appelle naturellement un besoin d’informations et d’accompagnement de la part des cédants et des repreneurs. Dans ce cadre, le commissaire aux comptes par la mission d’évaluation qu’il peut être amené à réaliser représente un maillon essentiel au bon déroulement de l’opération dans son ensemble et à son succès.

Laurent Benoudiz, élu à la CRCC et Olivier Salustro, élu à la CRCC et vice-président de la commission évaluation de la CNCC reviennent sur ces enjeux.

Constats et enjeux du marché de la cession-reprise

Selon l’étude de l’observatoire de la BPCE publiée 2015, chaque année, environ 60 000 entreprises seraient proposées à la vente, mais seulement la moitié d’entre elles trouverait un repreneur. Un constat difficile alors qu’une reprise est censée être moins risquée qu’une création et qu’elle recèle de nombreux enjeux :

En matière d’emploi :

selon la même étude, la cession des 170 000 TPE et des 15 000 PME/ETI susceptibles d’être transmises en raison de l’âge avancé de leur dirigeant pourrait contribuer au maintien de 750 000 emplois, voire 900 000 si ces transmissions étaient mieux préparées et plus en amont ! 

En matière de dynamique économique : 

on peut observer chez les PME dont le dirigeant a plus de cinquante-cinq ans et qui n’ont pas transmis leur entreprise :

  • une baisse des investissements par la dette ou le capital ; 
  • une baisse de la croissance du chiffre d’affaires de l’entreprise.

Or, une reprise par un cessionnaire plus jeune que le cédant, donc prêt à prendre plus de risques stratégiques et à investir davantage, insufflera un dynamisme qui aura des répercussions sur son environnement. Ainsi, il est observé une corrélation entre les départements actifs en matière de transmission et ceux dans lesquels le profil des dirigeants est plus jeune que la moyenne nationale et l’activité économique plus dynamique.

Face aux freins à la transmission, les solutions des professionnels du droit, de l’expertise-comptable, de l’audit et du conseil

Selon un sondage mené en 2015 par Les Échos, parmi les principaux freins à la transmission, on retrouve le poids de la fiscalité, la complexité des montages juridiques et fiscaux, et l’absence de repreneur. En effet, alors que 74 % des dirigeants interrogés dans le cadre de cette étude ont une bonne image des opérations de transmission, 48 % d’entre eux se sentent mal informés. À ces freins, les professionnels du droit, de l’expertise-comptable, de l’audit et du conseil se sont associés autour de Transfair pour proposer des clés et favoriser la transmission des entreprises.

Transfair, c’est depuis 4 ans :

  • 4 compétences métiers complémentaires : experts-comptables, notaires, avocats, commissaires aux comptes et la CCI Paris Ile-de-France ;
  • 3 publics : cédants, repreneurs et conseils de la transmission d’entreprise;
  • des ateliers homologués, des conférences et du networking.

C’est ainsi une opportunité de plus pour les cédants et les cessionnaires de se rencontrer et de mieux s’informer auprès des professionnels de l’accompagnement dans le processus de cession/reprise. Une position confortée par 91 % des dirigeants qui estiment qu’il est important d’être accompagné dans ces opérations par des tiers.

Cette année, l’accent a été mis sur la fiscalité de la transmission au travers d’une conférence plénière mais surtout du livre blanc « 15 propositions pour doper la transmission d’entreprise » rédigé par l’ensemble des institutions qui forment Transfair. Ainsi tour à tour, l’OEC Paris Ile-de-France, les CRCC de Paris et de Versailles, le Conseil national des Barreaux, le Barreau de Paris, la Chambre des notaires de Paris, le conseil régional des notaires de Versailles et la CCI Paris Ile-de-France y font leurs propositions réunies dans 4 thèmes : Stabiliser, Simplifier, Harmoniser et Inciter. 

Ce livre adressé à tous les candidats aux élections présidentielles ainsi qu’aux parlementaires, est destiné à inspirer la mandature qui s’ouvrira en 2017.Vous le trouverez en téléchargement sur le site Transfair.pro et sur crcc-paris.fr.

La mission d’évaluation, une mission primordiale à valoriser !

Tout cabinet a ainsi intérêt, si ce n’est pas déjà fait, à développer un service complet d’accompagnement dans la cession et la reprise d’entreprise. Au sein de ce processus de transmission, le professionnel doit pouvoir mettre en avant des compétences en évaluation. Incontournable, cette matière permet la détermination de valeurs objectives pour négocier le prix et finalement céder l’entreprise dans les meilleures conditions. Au-delà de la technicité absolument nécessaire, le professionnel doit aussi faire preuve de solides qualités de négociation pour bien accompagner son client.

 Quelles sont les clés pour réussir ?

Travailler le plus en amont possible

Avant tout, le projet de transmission doit avoir été mûri par le chef d’entreprise. La transmission doit faire partie intégrante du projet stratégique d’entreprise. Le dirigeant doit également être familier du « langage évaluation », de la vraie valeur de son entreprise et des ressorts qui la conditionnent. Il est donc utile d’évaluer l’entreprise bien longtemps avant que ne démarre le processus lui-même, ne serait-ce que pour améliorer les fondamentaux et in fine la valeur de celle-ci.

Maîtriser les méthodes d'évaluation

Mettre en œuvre plusieurs méthodes d’évaluation, les plus appropriées à l’entreprise, pour rendre le travail crédible et objectif face à la partie adverse et négocier avec les meilleures armes en toute connaissance de cause. L’évaluation est un outil de dialogue avant tout, avec lequel on objective les éléments de la valeur, parfois surestimés par le chef d’entreprise.

Il existe quatre familles de méthodes :

  • Méthode patrimoniale : l’entreprise vaut ce qu’elle possède. Il faut fréquemment réévaluer la valeur du fonds de commerce et d’autres actifs/passifs.
  • Méthode analogique : l’entreprise vaut ce que valent les autres du même type. Il faut soigneusement choisir l’échantillon de comparables.
  • Méthode économique : l’entreprise vaut ce qu’elle rapportera. La méthode reine est celle du Discounted Cash Flows (DCF). Mais elle est chronophage, complexe et pas toujours adaptée à une PME. Un succédané peut être utilisé dans certaines circonstances : la capitalisation à l’infini d’un flux normatif.
  • Méthode pragmatique : l’entreprise vaut ce qu’elle peut rembourser. Mais cette méthode est le summum de la rusticité ! À n’utiliser qu’en cas de nécessité absolue.

Certaines méthodes doivent être privilégiées en fonction des caractéristiques de l’entreprise à transmettre. Dans la mesure où la cible a un potentiel de croissance qu’il convient d’apprécier et de mettre en valeur, il sera utile d’établir un business plan. Si elle évolue dans un secteur mature avec une activité elle-même mature, on utilisera plus facilement l’approche patrimoniale. Les start-ups quant à elles ont des spécificités qui les rendent compliquées à évaluer.

Après l'évaluation, négocier

Au-delà des aspects techniques de l’évaluation, le professionnel peut également participer à la négociation du prix. Phase psychologique, elle sera le moment pour le professionnel de se demander entre autres : 

  • Quel est le profil de l’acheteur potentiel ?
  • Comment va-t-il réagir ?
  • Quels sont les enjeux de la négociation ?
  • Un audit d’acquisition sera-t-il conduit ?
  • Etc.

Se former à l'évaluation : faites le grand saut !

Perçue à tort comme complexe et à haute technicité, la mission d’évaluation est souvent redoutée et donc non pratiquée par de nombreux professionnels. D’autres la pratiquent mais souhaitent parfaire leur technicité, voire se professionnaliser dans ce domaine.
D’où la création avec l’Ordre de Paris Ile-de-France d’une formation d’excellence en évaluation, financement et transmission d’entreprises, en partenariat avec la prestigieuse Université Paris-Dauphine.

Au niveau pédagogique, sur les trente jours que compte ce diplôme d’université :

  • 14 jours sont consacrés à la pratique des méthodes d’évaluation financière, assurés entre autres par Olivier Salustro ;
  • 2 jours abordent les aspects juridiques et fiscaux de l’évaluation ;
  • 14 jours portent sur le financement et la transmission. 

À noter une nouveauté, la possibilité de suivre la formation dans le cadre d’un Executive Master, diplôme reconnu au niveau européen. Cette formule comprend le programme du DU auquel sont ajoutés dix jours pour acquérir ou renforcer des compétences en gestion de patrimoine. 

Au-delà des nouvelles techniques et connaissances acquises, retourner sur les bancs de la fac, intégrer un nouveau groupe, faire des rencontres et se renouveler sont aussi des arguments qui ont conduit les participants des deux premières promotions à suivre ce type de formation. 

N’hésitez plus ! Les inscriptions pour la troisième promotion sont déjà en cours.