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Vite Lu n°26 Lutte anti-fraude / Réduire les impacts des fraudes internes dans les PME

Depuis 1996, l’Association of Certified Fraud Examiners (ACFE) publie, tous les deux ans, dans le Report to the Nations, les résultats d’une enquête menée auprès de ses membres certifiés (Certified Fraud Examiners) ayant investigué des cas de fraude. Ces enquêtes montrent que les PME sont touchées de manière disproportionnée par les risques de fraude. Quelques mesures simples permettent pourtant d’en réduire les incidences.

Analyse des Reports to the Nations depuis 2012

Les résultats de ces enquêtes, qui ont couvert quelque 2 410 cas pour l’édition 2016 dans près de cent dix pays dans le monde, 1 483 cas pour l’édition 2014 et 1 388 cas pour l’édition 2012, révèlent constamment que les petites et moyennes entreprises subissent de manière disproportionnée des pertes dues aux incidences de fraudes internes et abus. En effet, la perte médiane due à une incidence de fraude à ces trois périodes s’est élevée à :

  • 150 333 $ dans les entreprises de moins de cent salariés  ;
  • 158 666 $ pour les entreprises entre cent et mille salariés ;
  • 150 000 $ pour les entreprises de plus de dix mille salariés.

Même si la perte par incidence de fraude est sensiblement proche, l’impact pour une petite et moyenne entreprise est plus sévère, notamment quand cette perte est analysée en rapport avec les chiffres d’affaires des entités victimes.   

Importance des mesures préventives

Au terme de procédures longues et compliquées, certaines entités victimes de fraudes sont parvenues à obtenir des réparations dans de rares cas. En effet, 58 % des entreprises ayant cherché réparation n’ont obtenu aucune satisfaction, et seulement 14 % ont pu recevoir une réparation totale.

Des outils antifraude éprouvés sont disponibles pour tenter de réduire les risques de fraude et leur impact sur les entreprises.

Les lignes d’alerte restent les moyens de détection initiale les plus fréquents (plus de 40 %), bien que la dénonciation reste difficile dans la culture française. Les revues analytiques effectuées par le management (13 à 16 %) et l’audit interne (14 à 16 %) se placent en deuxième position des méthodes de détection initiale des fraudes, loin devant les découvertes par accident (6 %) et les détections à travers les audits par les commissaires aux comptes (3 %). Il apparaît aussi qu’au moment des fraudes, 82 % des entités dans l’univers de l’étude 2016 étaient dotées de commissaires aux comptes qui assuraient l’audit des comptes – 94 % des entreprises de plus de cent employés, contre seulement 56 % des entreprises de moins de cent employés, en étaient dotées.

Les enjeux sont importants, car les PME constituent d’une part la plus grande base du tissu de production de biens et services, de création d’emplois et de richesses ; d’autre part, le patrimoine des entrepreneurs reste prioritairement investi dans les entités qu’ils ont créées.

Que peut faire le commissaire aux comptes ?

En conformité avec les injonctions de la NEP 240, le commissaire aux comptes peut :

  • Continuellement renforcer ses compétences dans le domaine de la détection des fraudes ;
  • vérifier, lors de ses missions d’audit, la mise en place et la maturité des contrôles antifraude les plus courants, notamment en abordant ouvertement le sujet des risques de fraude avec ses interlocuteurs au sein de l’entreprise.

Plus la veille du commissaire aux comptes sera effective et perçue comme telle par les interlocuteurs dans les entreprises auditées, moins les cas de fraude seront fréquents. En effet, il est prouvé que la perception du contrôle reste un des moyens de dissuasion les plus efficaces contre les fraudeurs potentiels.

Rendez-vous à notre 2e conférence sur la lutte contre la fraude le 14 décembre aux Salons Hoche !

Par Francis Hounnongandji, président du chapitre français de l’ACFE.